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#3 – Truly, Madly, Deeply…

24 juin 2008

New York

Bon, chaque week-end je me demande : “Mais de quoi vais-je bien pouvoir leur parler ?” Parce qu’il y a trop de trucs à raconter, mais en même temps, les anecdotes pourries du genre “J’ai traversé le pont de Brooklyn en buvant un frappuccino !”, on s’en fout un peu. C’est pourtant ce genre d’événements qui rythment mes journées. (Et d’autres trucs anodins comme des meetings avec Spike Lee, Eric Roberson ou Marc Baptiste, mais bon…passons.) Alors comme je ne veux pas être un guide du Routard version funky, allons au-delà ! Comment ? Je ne sais pas encore, mais we will find a way !

Bitter sweet

En lisant mes chroniques on dirait que New York c’est easy non ? Mais en fait pas du tout ! Je boucle ma 3ème semaine et j’ai déjà déménagé 3 fois ! C’est dur les amis et comme je vous l’ai déjà dit, l’espace vaut cher ici. Ta p’tite chambre de 10 m2, tu la payes 800$, ça fait mal, très mal. Et puis tu te souviens de la chanson des Inconnus “Les insectes sont nos amis, il faut les aimer aussi…” Bah ici c’est appliqué à la lettre. Comprendre : vivre avec des souris est monnaie courante, alors des cafards…ça fait partie du décor. Entre nous, y’a pas moyen ! Thanx, but no thanx. Au-delà de ça, après 2 semaines de surkiffe parce que tout est nouveau et que tu vois tout avec des yeux grands ouverts d’émerveillement, la 3e semaine est plus terre-à-terre et pas mal de choses te font ressentir que tu es une étrangère en terre lointaine. A peine 3 mots prononcés qu’on te demande “Oh, where’re u from ? “, tu manges un yaourt en dessert, on te regarde chelou (ici, c’est pour le petit dej’ uniquement), tu bois un thé au milieu de la journée et on te demande si tu es malade ? Euh non… (Pour eux, c’est une sorte de médoc, en dehors du petit dej’ encore une fois !), on te demande ta pointure ou ta taille…euh, en pouces ? approximativement, bah euh je sais pas… Et je ne te parle pas de tous ces repères que tu n’as plus. Rien n’est familier, tu n’as plus cette aisance de déplacements, ce sentiment de maîtrise de l’espace qui t’entoure. Alors en vacances c’est pas grave parce que tu sais que tu vas en profiter pour un temps déterminé, mais quand tu as pris un billet aller simple…les choses sont différentes. C’est déstabilisant, déroutant mais au fond, ça donne la pêche.

Emilie Simon

Emilie Simon

Parfois te confronter à un challenge de la sorte est le coup de pied au cul dont tu avais besoin pour t’ouvrir les yeux. Ça te laisse un bleu sur le moment, mais après tu es bien content d’avoir décollé de ton confort confortable. Un petit goût de nostalgie occasionnelle irrite pourtant mon palais. Alors pour y remédier rien de mieux qu’une soirée de l’ambassadeur ! (Avoue tu penses aux Ferrero Rocher quand je dis “soirée de l’ambassadeur” !) Je m’explique : samedi 21 juin rime avec été mais aussi fête de la musique dans l’hexagone. Et bien ici, ils (l’ambassade de France) tentent de l’implanter aussi. Résultat un gigantesque festival a eu lieu pour la 2e année consécutive dans les rues, parcs et places de la ville mettant en lumière musiciens et chanteurs de New York. A Central Park, ça avait plus l’air d’être un remake de “Colchique dans les prés” en musique mais c’était cool ! Bref, revenons à nos moutons. Pour fêter la musique, l’ambassade avait donc organisé une soirée “coupe-de-champagne-robe-talons-mèche-sur-le-côté” avec en guest Emilie Simon. Nostalgique et ayant besoin d’un mini remontant franco-français, je m’y pointe…pour n’y rester que 10 minutes ! Ça y’est je suis reboostée pour 3 semaines. C’était so frenchy plein d’attitude ! Mais bon, j’ai pu placer 3 “bonjours” et quelques “salut, comment ça va ?”, ça m’a fait du bien. En fait quand je repense à la tête des Parisiens (sans vouloir t’offusquer, et je sais que tu sais de quoi je parle) et ben je suis bien contente d’être à 6000 km…Héhé !

Fakisme aiguë

Ici le fake est à la mode. Si tu ne parles pas anglais, fake, ça veut dire FAUX, ok ? 961On a des faux ongles, des faux cheveux, des faux seins, un faux teint. Bref, la mythologie à l’état brut. Chez les femmes, c’est abusé et je commence à comprendre pourquoi y’a autant de gays ici ! Pour ton info, NYC compte 4 femmes pour 1 homme. Et sur ce peu d’hommes, un bon nombre est homo. No comment. Le célibat est donc une fatalité les copines. Bref, à l’image de ce surplus de fakisme, la culture du “mieux vaut trop que pas assez” hante NYC. Alors je te laisse imaginer les shows, concerts et autres matchs de basket.

Au Madison Square Garden, un match sans enjeu est une occasion de plus pour faire la fête. Chaque mi-temps est animée par de la danse, des acrobaties, des concours, des chansons… On divertit, pas un instant de répit. Et dans cette culture de l’entertainment, la bouffe est primordiale. Autour d’un match de 2 heures, au même titre qu’on est diverti 2 pleines heures, les spectateurs grignotent 2 PLEINES heures. Mais ça sonne faux. On en oublie pourquoi on est venu. Alors imagine sur scène notre petite Ayo préférée. Elle partageait l’affiche avec Dwele au S.O.B’s lundi soir. Pas de maquillage, pas de faux ongles, pas de faux cheveux, un jean taille 36, un top taille S, une guitare et 45 minutes pour prouver à un public novice ce dont elle est capable. Et ben c’est officiel. Ils n’ont pas capté son délire. Déjà, ils ne la connaissent pas trop et à priori ils attendaient plus Dwele. Mais elle est trop authentique pour eux, elle n’en met pas plein la vue. Simplicité, naturel, timidité, non non, ça ne marche pas. J’étais la seule à bouger les épaules, les filles à côté de moi, pantalon blanc, haut à dentelle bleue, fard à paupière blanc, ongles et cheveux d’origines industrielles la toisaient genre “Mais c’est qui là-celle avec ses bras-allumettes qui nous divertit même pas?” Alors quand Ayo a fait quelques pas de danse cainfri sur scène autant te dire que les “toiseuses” ont souri. Ça m’a saoulé. Parce que c’est quoi le délire ? Si t’es pas Keyshia Cole, que t’as pas 5 colorations simultanées, des tatouages et des talons ça marche pas. Bref au pays de la fakerie, l’authenticité n’est qu’un vague souvenir. À mettre trop de couches les unes sur les autres, on ne se souvient même plus de l’origine… Ah ces cainris !

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