Routine State of Mind

J’aime bien donner un aspect ‘motivation’ à mes posts, en restant terre-à-terre et objective, mais j’sais pas, c’est mon côté conseillère d’orientation ratée p’t’être qui sévit. Parce que pour vous, lecteurs en terre française, j’essaie de faire briller New York, de le présenter sous son plus bel angle en y mettant des références qui vous parlent, parce que faut que la ville soit à la hauteur de sa réputation quoi. C’est NYC quand même ! J’aurais pu plus mal tomber. C’est pas le cas. Mais parfois, même à New York, y’a pas grand chose qui m’inspire, un peu comme aujourd’hui d’ailleurs, pas de concert groovy, pas d’analyse de comportement rigolo, pas d’événement inclassable, pas d’alerte à la bombe à Time Square. Finalement j’suis absorbée dans un quotidien qui, même dans une ville à paillette, n’a rien de brillant. Et puis j’y vois de moins en moins les différences culturelles, enrôlée dans des journées stressantes mais bizarrement envoûtantes, sans répits, jamais. Alors tu vas me dire que je l’ai choisi. Oui, c’est vrai, mais reste toujours ces questions qui te hantent avant de t’endormir… Est-ce que je vais tenir le coup, est-ce que je vais réussir, est-ce que je vais y faire mon trou, pourquoi tant d’efforts masqués, de sacrifices émotionnels, de torpillage cardiaque, de désillusions usées, et de dollars déboursés pour le plaisir de vivre… à New York City ?

Quand des amis ou même amis d’amis viennent dans le coin, généralement ils arrivent à faire plus de trucs culturels / touristiques en une semaine que je n’en fais en une année. J’ai pas vu d’expo au Guggenheim, et la dernière fois que j’ai vu au MET, c’était en 2008. Le Guide du Routard, rangé dans ma bibliothèque a été feuilleté une fois, j’ai mis des croix devant tout plein de trucs mais ça reste à faire. Pourquoi ? Parce que comme toi, absorbé par ton quotidien parisien, marseillais, aixois, genevois, casablancais, montréalais, toulousain (qui d’autre ?), moi je suis dans ma bulle new-yorkaise de wannabe-miss-indépendant, à faire mes courses et mes machines le week-end, à tenter d’aller au sport 2 – 3 fois par semaine pour garder la cuisse ferme, à souffler un peu aussi devant des séries cainri et puis quand c’est la fête, à aller boire un verre ou voir un film avec des potes. Résultat la semaine est passée, j’ai à peine posté un article, et n’ai rien fait, ni vu de trépident. J’ai juste passé une semaine classique à New York… Sans strass ni paillette, sans woohaa ni yo, sans hot dog ni pop corn, sans taxi jaune ni chocolat blanc, sans shopping ni dating, sans surprise ni bêtise. Alors je sais qu’il faut lutter contre la routine, contre les habitudes, mais fatalement, l’esprit d’aventure d’une Parisienne à New York se perd. Au début, tu es à la quête de bons restos, tu en essaies plein, critiques, savoures, grimaces. Puis quand tu dégottes des adresses qui te ressemblent, tu te retrouves à y aller souvent, au risque de mettre de côté les découvertes. Et c’est pareil pour tout, les quartiers fréquentés, les boutiques, les cinés, les concerts… Les repères que tu quittes en France, tu les transposes ici et ta quête de nouveau se fane petit à petit. Le problème, (qui n’en est pas vraiment un en soit…) c’est que New York est une ville aux ressources infinies ! Et cet infini est flippant ! Trop d’choix tuent l’choix ? Oui, un peu en fait.

Et maintenant que mes repères sont trouvés, je ne m’exclame plus devant les saveurs typiquement new-yorkaises tellement j’y suis habituée. Mais si tu veux, je peux t’emmener dans mon quotidien du « all day, everyday » à New York… Au supermarché du coin, le lait bio (parce que le normal a goût d’amande et ils ajoutent des vitamines bizarres) coûte $4,39 la brique de 2 litres et oui, peu de 1 litre, ici ils think BIG. Le Tropicana, $4,49, le saumon est super cher, et les légumes n’en parlons pas. Quand j’ai compris que les prix affichés étaient à la livre et non au kilo j’ai réduit ma consommation de tomates et opté pour des patates ! Et puis va comprendre, y’a toujours une queue de 45 minutes quand  je vais faire mes courses le week-end. A cause de ça j’achète plus de produits congelés parce qu’ils sont cuits avant d’arriver à la maison. Et l’avantage de l’attente, c’est que les magazines people sont en vente aux caisses. Donc j’ai le temps de refaire ma culture gratuitement en les lisant intégralement avant de poser mon panier sur le tapis. Je sais tout sur Kim K, Angelina, Jennifer, Rihanna, et même sur des gens que je ne connais pas et dont je me fous royalement.  J’observe aussi les bigoudis dans les cheveux des femmes, leur façon de parler à leur mari/amant/conjoint, je vois des jeunes filles de 18 ans en Air Force avec 2 bambins en poussette et le petit dernier calé sur la hanche et je reste bouche bée devant leurs caddies, pleins de junk food et de trucs chimicolor. Ça, j’pourrais en parler des heures mais c’est pas super glam’. J’pourrais aussi te raconter que personne n’a de machine à laver chez soi (enfin c’est rare). Donc on va à la laverie automatique. Grand moment de culture populaire. Pour faire mes machines, je dois débourser $3 en pièces de 25 cent. Résultat, je les garde précieusement au fur et à mesure parce que quand tu vas faire de la monnaie à l’épicerie en bas (Bodega, en langage new-yorkais) bah il veut pas, même avec le sourire le plus commercial possible. Y’a aussi mes footings à Central Park ou à Prospect Park à Brooklyn qui m’occupent le week-end, fondue dans une masse de coureurs du dimanche en shorts rouges, et aussi mon rattrapage de plein de séries américaines sur Hulu.com, site extraordinaire où tu peux regarder toutes les séries avec un tout petit peu de pub sans  être coupé au milieu d’une scène cruciale par un « Vous avez regardé 72 min, merci d’attendre 54 minutes avant de pouvoir continuer ». Ah oui, et puis le reste du temps, bah je bosse, mais ici les 35h, tu peux oublier. Et dès que j’ai 3 heures de libre, bah je blog. Un diner, un  verre, un ciné dans la semaine et voilà quoi. On est dimanche soir, minuit et rebelote, il faut être debout dans quelques heures. Alors, quand tu viens ici une semaine, tu as l’impression que New York n’a pas de routine, que tout y est magique et formidable. C’est pas faux, le temps d’un mois ou deux. Mais là, ça fait plus d’un an, et oui, j’ai une petite routine, une sorte d’équilibre en fait. Les conséquences ?  Ma spontanéité de blogueuse est un peu défraichie, mon œil est moins vif, mes oreilles moins affutées, mes papilles moins chipoteuses, et mon inspiration…moins inspirée, mais ça me convient. Ça doit être ça qu’on doit ressentir quand on est enfin intégré dans un pays étranger. Enfin j’imagine. En fait j’sais pas. Mais bon, c’est ce que je ressens en tout cas. #RoutineStateOfMind

12 réflexions sur “Routine State of Mind

  1. C’est drôle, cela fait plusieurs fois que je pense à t’envoyer un email pour te dire que j’ai l’impression que la monotonie s’installe dans tes posts (moins de ouaw, génial etc). Je me souviens d’un des premiers posts sur ton blog ou tu signalais (tres justement) que les gens à qui tu dis que tu vis à NY sont tous  » ouaww, génial, quelle chance tu as » alors que toi tu vois surtout le loyer à 4 chiffres etc etc….
    Vivant depuis plus d’1 an aussi à NY…je ne peux qu’être d’accord avec ton dernier article. Même ici la monotonie existe….mais chacun a la sienne!

  2. C’est la même chose partout.
    Les étudiants en échange dans mon école visitent plus Paris que moi, mais quand t’habites quelque part, bah tu te dis que t’auras toujours le temps de faire ci ou ca quand t’auras du temps libre, et à Paris comme à New York, il faut aller bosser / en cours, faire les courses et la machine, trouver du temps pour les potes, se reposer, etc.
    Pareil, quand je vivais à Boston, la seule fois où j’ai visité la ville c’est en arrivant, et quand des amis me rendaient visite.
    Mais la routine c’est normal, c’est bien aussi, ca veut dire que t’as fait ton trou, que t’es plus une touriste surprise à chaque instant.
    T’es peut être moins inspirée mais ca reste un article intéressant, c’est un autre aspect de NYC.
    anyway, enjoy quand même! et je sais pas pourquoi des paroles de 113 me viennent à l’esprit « tu es jeune (belle) et ambitieuse, tu peux être la princesse de la ville si tu veux »
    cheers!

  3. @votw Ahah tu voulais m’écrire pour me dire que je devenais de plus en plus new yorkaise? C’est pas la monotonie mais plus la routine dont je parle… Si mon ton est monotone, ce n’est pas voulu! Contente quand meme que tu te retrouves dans les propos de l’article, je m’inquiétais d’être la seule expat a le ressentir…
    @Alleyesonyou C’est la même chose partout quand on est étranger, oui, sans doute. Mais sans être confronté au voyage, à l’adaptation dans un pays/une ville étrangère, tu ne ressentiras pas vraiment ça. Etre la princesse de New York, mouais, pas sûr que je veuille lol! La suite des paroles c’était « Si tu veux, quand tu veux, QUAND TU VEUX » Ahah! Thanks pour le clin d’oeil

  4. Je pense que cette routine est inévitalbe lorsqu’on travaille… non ? Et ne doit pas être forcément désagréable: je suis également ‘expatriée’ (à Berlin depuis près de 4 ans), et j’ai beaucoup vu, fait, goûté, senti, écarquillé, touché, marché, roulé, apprécié les 2 premières années où, encore étudiante, je suivais un peu mes vagues à l’âme, et étais forcément prise dans l’énergie centrifuge estudiantine tout autour de moi. Cela fait un an et demi que je travaille et le quotidien, devoir se lever tous les jours, le métro-boulot-dodo – même, MÊME si le job te plaît – m’a franchement fait flippé au début et beaucoup de questions sur le sens de tout ca ont ressurgi. Depuis quelques mois je gère mieux mes angoisses sociétales ;o) mais surtout, et c’est ca l’important, j’ai appris a aimer cette routine – car j’aime cette ville, je ne me suis jamais sentie aussi bien qu’ici – et je tente de me dire au moins une fois par jour combien j’ai de la chance d’être ici (aussi, d’être là où j’ai choisi d’être). A force, je ressens une sorte de gratitude, quand je me balade et obsersve tout simplement autour de moi, qui me donne la pêche de sortir de mon lit tous les matins, et de faire toujours plus, de rarement dire non lorsqu’on me propose un resto/une expo… Cette routine peut être très douce si on la vit comme ca, et je le souhaite à tous, pas besoin de vivre à 400 à l’heure et faire des trucs de oufs tous ses w-e pour se sentir vivre.

  5. Bravo , t’arrives a rendre intéressant un post sur la routine .. J’suis définitivement fan like Stan..

    Si t’es en manque d’idée on attend toujours ton guide du « How To in NYC  » édition frenchy en week end …
    ;-)

  6. @Oberbaum Oui, je pense que la routine est inévitable, mais pas tellement désagréable. Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire dans le post, disons qu’avec elle viennent de nombreuses questions qu’on ne se posait pas dans le feu de l’action, dans l’excitation de la découverte. C’est un peu nouveau et j’ai surtout eu le syndrome de la feuille blanche, ne sachant pas quoi décrypter, pensant à mes courses et mon linge qui s’accumulait. Alors j’ai écrit sur ça! Et je suis d’acc’ avec toi. Si tu as compris que je trouvais ca désagréable, je n’ai peut être pas bien formulé ce post. Mais l’adrénaline des prémices mes manque un peu je pense.
    @Buskape Le guide, oui, le guide! Faut que je me mette a écrire ca! Thanks mister!

  7. Hey! Ca y est, je suis aussi à New York. Depuis 1mois, et je ressens déja ce sentiment. 50heures de taf par semaines, weekend inclus, les transports, les courses, la laundry. Pas le temps. On dirait que je me suis intégrée plus vite que j’en avais l’intention! C’est une routine un peu améliorée mais elle est la quand meme! J’avoue que ca m’laisse un gout amer quand mes potes de l’autre coté de l’océan m’envient et me disent que j’ai de la chance. Parce que oui, je kiffe, mais pas autant qu’ils l’imaginent, et peut etre pas autant que je le voudrais. Je crois qu’l faut vite y remédier…!

  8. Pareil a Atlanta – ca fait 4 ans – sauf qu ici c’est the dirty south point trop glamour donc les paillettes, je les avais deja oubliees avant d arriver :-)

  9. @Gaby Good! Oui ca va vite ici hein? ET puis chaque chose en son temps, tu vas kiffer lentement mais surement! Cheers!
    @Jelizarose Attend je regardais parfois The Real Housewives of Atlanta elles brillaient les meufs! Y’en avait de la paillette! 4 ans, une française à ATL, chapeau! J’y passe dans 3 jours (escale potentielle de 3h) Si tu veux me donner des conseils sur ATL, feel free!

  10. A la lecture de ton article, on le sent bien ce petit air routiniard et malgré ça ton article est génial!! Tu arrives toujours à nous faire découvrir de nouvelles choses, que ce soient tes portraits ou tes articles sur les mani-pedi ou encore miami… bah tu assures drôlement dans ta routine!! Alors merci de nous faire partager ta monotonie car elle égaie la mienne bien plus que tu ne le crois…

    Ta première fan.

  11. LOL the Housewifes of ATL , le pire c est que c est juste tellement ca ! je sais pas si en 3h t as trop le temps de sortir d’Hartsfielfd Jackson qui est grand comme 3 fois les Halles a Paris , mais au cas ou tu sors va a Little Five Points ! c est un quartier dans le genre de Williamsburg, mais comme si c’etait reste coince en 1999 (donc sans les hipsters et la hype)

  12. Copine, je sais de quoi tu parles ! c’est le propre de l’expatriation en même temps, t’es pas là en touriste, tu vis là, tu bosses là, t’as la grippe là, donc c’est moins sexy :) ça m’a rendu nostalgique de la France, mais ça fait aussi que depuis la France (si un jour tu nous reviens), tu seras tellement nostalgique de NYC.
    La chance des expat, c’est finalement quand même d’avoir pu s’émerveiller si longtemps, de sourire encore de temps en temps aux différences culturelles mais surtout d’avoir appris, d’avoir compris, d’avoir vécu le quotidien de cet ailleurs.
    La bonne nouvelle c’est que j’imagine que quand tu es en vacances à Paris, tu dis que tu dois rentrer chez toi en parlant de NY, non ? (moi je me souviens ça avait fait drôle aux amis français, que Conakry ce soit chez moi, et que Paris ce soit « au bled »)
    L’autre bonne nouvelle c’est que quand on décide de rentrer comme moi, on est de nouveau nouvelle à Paris, et c’est funky !

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